Députée de la Drôme
Vice-Présidente de la Commission des Affaires étrangères
Membre de la Commission Supérieure du Numérique et des Postes

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Presse

source: Medialibre, Geoffrey Fernandez, Jérôme Brunier-Coulin, Célyne Mazières, Claire Wissing

 

LOI ANTICASSEURS : DERRIERE L’ABSTENTION RECORD DES DEPUTES LREM

 

Le jugeant le texte liberticide, 52 députés LREM ont refusé de voter la proposition de loi anticasseurs le 4 février 2019. Entre scepticisme et déception, quatre d’entre eux (plus un frondeur) se sont confiés.

 

L’abstention, dans les rangs de la majorité, c’est toujours un vote “contre” non assumé. » François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône ex-LREM, ne mâche pas ses mots quand il s’agit de critiquer son ancien camp. Le 5 février 2019, la loi anticasseurs est votée à l’Assemblée nationale. Elle vise à prévenir les violences rencontrées lors des manifestations des gilets jaunes. Sur les 307 députés LREM, 52 s’abstiennent. Il s’agit d’un événement sans précédent au sein de la majorité. Deux couacs secouent le parti du Président : le fait qu’un sénateur LR soit à l’origine du texte, et l’article 2, considéré comme liberticide par certains députés LREM. Parmi eux, quatre abstentionnistes et un frondeur nous expliquent leur vote.

À la brasserie Le Bourbon, rade chic jouxtant  l’Assemblée nationale, Sira Sylla, 37 ans, à la fois avocate et primo-députée de Seine-Maritime, au look branché et au crâne à moitié rasé, s’offusque en replaçant sa mèche : « Pour moi, cet article 2 est une atteinte aux libertés fondamentales. En aucun cas le juge administratif ne devrait imposer une sanction préventive ». Cet article prévoit de donner plus de pouvoir aux préfets. Ils pourront prononcer des interdictions de manifester aux personnes représentant une menace d’une particulière gravité pour l’ordre public.

 

 « zéro débat » possible

Afin d’alerter l’exécutif, seize députés LREM publient un communiqué le 6 février qui justifie leur abstention tout en réaffirmant leur soutien au projet présidentiel. Éric Alauzet, ancien député écologiste, et Mireille Clapot, députée de la première circonscription de la Drôme, partagent une même analyse. Pour le premier, il existe « cinquante nuances de gris » dans les motivations de ses collègues abstentionnistes. Pour la seconde, « il faut faire attention. Beaucoup de régimes autoritaires se sont durcis avec ce genre de mesures dans des moments de crise ».

        

De son côté, François-Michel Lambert a quitté la majorité en octobre 2018 en raison du rejet de son amendement interdisant l’utilisation du glyphosate. Il juge que la loi anticasseurs participe à la fracture du pays, considère qu’« il y a zéro débat » au sein de la majorité et que le « nouveau monde promis par Emmanuel Macron est piloté par un groupe formaté, parisianiste et déconnecté des territoires ».

Lors du vote de la loi asile-immigration pendant l’été 2018, Richard Ferrand, encore président du groupe LREM, assenait préventivement : « Abstention, péché véniel ; vote contre, péché mortel ». Conséquence logique pour François-Michel Lambert : « Quand vous ne permettez pas aux individus de s’exprimer dans le collectif, vous créez de la désobéissance ».

Voir l’abstention comme un désaveu est une « provocation » pour Anne-France Brunet, députée de Loire-Atlantique et l’une des abstentionnistes. Ceux-ci expriment des points de vue plus modérés quant aux pressions qu’ils pourraient subir. « Il est logique, quand on est député de la majorité, de subir des pressions du gouvernement », relativise ainsi Mireille Clapot, qui précise toutefois n’avoir jamais eu ce problème. Puis de compléter avec un grand sourire : « Il se dit que certaines personnes qui font trop de prosélytisme dans les médias reçoivent des coups de fil dissuasifs ».

 

 « Il y avait trop d’urgence »

Pressions ou pas, beaucoup déplorent les départs récents de leurs collègues et considèrent que l’on agit mieux de l’intérieur. Mais les consignes de vote le permettent-elles ? Le temps n’offre pas la possibilité de traiter en profondeur tous les sujets. Les députés ont alors pour consigne de s’en remettre à l’arbitrage issu des discussions de groupe. « Pour la loi anticasseurs, il y avait trop d’urgence, je n’ai pas aimé les délais qu’on nous a imposés », critique Mireille Clapot. Éric Alauzet parle, lui, d’une « loi émotion », imposée à toute vitesse par l’actualité.

Dans un langage proche du monde de l’entreprise – « aventure de groupe », « esprit start-up nation » –, les néopoliticiennes que sont Sira Sylla et Anne-France Brunet abordent la hiérarchie de groupe avec un esprit corporate. Pour prendre du recul dans cette législature, il faut l’antériorité politique d’Éric Alauzet ou de Mireille Clapot, pour qui les compromis sont indispensables. Quant à François-Michel Lambert, voisin de cette dernière dans l’hémicycle, son attachement à ses administrés et son indépendance l’ont fait entrer en résistance. « Emmanuel Macron a réussi, dans une société épuisée, à être l’ultime recours, le Napoléon qui va sauver le monde », conclut-il, désabusé.

Le président de la République a décidé, le 12 mars, de saisir le Conseil constitutionnel lors du vote définitif de la loi anticasseurs. Par ce geste exceptionnel, il fait face à l’éclatement de sa majorité abstentionniste et ouvre la voie à un réaménagement de l’article 2, rassemblant ainsi son camp.


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