Députée de la Drôme
Vice-Présidente de la Commission des Affaires étrangères
Membre de la Commission Supérieure du Numérique et des Postes

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En Commission des Affaires étrangères

 

J’ai réalisé en avril deux déplacements pour commémorer deux génocides. Le premier à Kigali, au Rwanda, en hommage aux Tutsis ; le second à Istanbul, en Turquie, en hommage aux Arméniens.

Je suis sensible à cette question historique, humaine, politique représentée par les génocides. J’y suis attentive aussi parce qu’elle parle à l’humanité tout entière. Quatre génocides ont eu lieu dans le monde au XXème siècle. Indépendamment du contexte, chaque fois différent, des traits communs relient ces monstrueux événements.

Des mécaniques communes sont en effet à l’œuvre dans ces génocides, avant, pendant et après.

D’abord il y a l’avant : la montée progressive de l’hostilité, de la désignation d’un groupe, qu’on isole, qu’on désigne comme bouc émissaire, qu’on déshumanise. Des discours de haine, la planification de l’extermination, et la préparation d’une organisation étatique au service de cette « solution finale ». Ensuite il y a les terribles événements, les monstrueuses tueries, les exactions. L’obsession d’une menace vitale conduit les dirigeants de cet Etat à légitimer puis à prescrire la destruction du groupe, dans un climat de paranoïa où tout principe moral a disparu. Et enfin il y a l’après. Comment vivre avec ces deuils, avec l’absence, avec les traumatismes, avec parfois la négation. Mais vivre malgré tout.

Au Rwanda : d’avril à juillet 1994, 800 000 à 1 million de Tutsis ont été tués, à la machette, par des miliciens : leurs voisins, leurs professeurs, leurs avoisinants comme le raconte Jean Hatzfeld. Pourchassés dans les marais, dans les collines, dans les églises. A ce jour, la passivité de la communauté internationale n’en finit pas de poser question. La commission d’historiens et de chercheurs présidée par Vincent Duclert devra faire la lumière, avec les archives enfin ouvertes, sur le rôle de la France.

La justice internationale, et les justices des pays, ont envoyé en prison de nombreux génocidaires. En parallèle, les gaçaça, ces tribunaux de réconciliation, ont abouti à faire cohabiter, de nouveau, bourreaux et victimes sur les lieux mêmes des massacres. Lors des cérémonies mémorielles auxquelles j’ai assisté le 7 Avril aux côtés du député Hervé Berville, lui-même orphelin tutsi adopté, le président rwandais Kagamé a insisté sur cette restauration du tissu social, dans le but de construire un Rwanda nouveau, capable d’affronter les défis du XXIème siècle, où les femmes jouent un rôle renforcé.

Puis je me suis rendue à Istanbul les 23 et 24 avril derniers afin, comme en 2018, d'être présente auprès des militants des droits humains, journalistes et créateurs, auprès de signataires de l'Académie pour la Paix, auprès de la Fondation Hrant Dink, et aux côtés de Garo Paylan, député turc d'origine arménienne. Commémorer le 24 Avril en Turquie, ce n’est pas facile car l'utilisation d'une banderole avec le mot génocide, ou la simple mention du mot dans une déclaration privée, lors d'une cérémonie au cimetière, peut emmener la personne en prison. Et parce que les commémorations sont soient interdites, soient réduites à un court rassemblement. Alors bien sûr, pour moi, députée française, les risques sont faibles, j’ai seulement un peu de pression dans un univers quadrillé par la police. Mais justement, j'étais là, à Sultanahmet puis à la cérémonie pour Sevag Biliksi, puis sur la place Sishane, Nous n'avons pu que nous rassembler dans le silence. Mais ce silence contraint équivalait à proclamer haut et fort ceci : on ne construit l’avenir et la réconciliation qu’en regardant lucidement le passé, tout au moins, en acceptant de le soumettre aux travaux des historiens et des intellectuels.

 


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